Origines des Mahorais
LE CANAL DE MOZAMBIQUE SENTIER DES BOURLINGUEURS
" MAHORAIS" UNE APPELLATION NEBULEUSE
C'est
l'ethnologue américain Jon Breslar qui l'affirme dans une étude
réalisée en 1978 intitulée : Une perspective ethnologique
. Je cite:« Mahorais » est une appellation nébuleuse et composée
qui, selon le contexte, peut signifier ou non la fusion de plusieurs groupes
raciaux, culturels et linguistiques... Ce diagramme, (qui) comprend les peuples
de trois catégories raciales (africaine, asiatique, et méditerranéenne)
et trois familles linguistiques (bantu, sémitique et malayo-polynésienne)...
Les crochets (NDLR : guillemets), par exemple, indiquent que les premiers Mahorais
étaient distincts du point de vue ethnique des émigrés
shiraziens et africains. Quelques siècles plus tard (sinon plus tôt)
ils sont tous devenus « Mahorais ", par contraste avec les envahisseurs
malgaches. Lorsque les Français annexèrent Mayotte, toutes les
populations ci-dessus étaient mahoraises, par contraste avec la population
européenne ".
Mais à quels groupes ethniques appartenaient ces premiers Mahorais distincts,
nous dit-on, des Shiraziens et des Africains ?
DES THEORIES QUI NE FONT PAS L'UNANIMITE
Tenter de retrouver les caractéristiques raciales et
linguistiques des premiers occupants de Mayotte dans le but de préserver
la mémoire, est une entreprise plutôt aléatoire, compte
tenu de la véritable mosaïque de peuplades qui se sont croisées,
rencontrées, affrontées et métissées dans le canal
de Mozambique, antérieurement au IXè siècle, et aussi parce
que les sources écrites sont rares. La tradition orale qui tient une
place prépondérante dans toute quête identitaire, n'est
cependant pas entièrement fiable, la mémoire humaine étant
infaillible et, de plus, un siècle ou deux plus tard, elle a de fortes
chances d'être sélective.
D'autant plus que les hypothèses contradictoires et les opinions radicales
de certains historiens, par le passé, n'ont fait qu'entretenir la confusion.
Certains réfutent ce qu'ils affirmaient péremptoirement il y a
quelques années. D'autres sont contestés aujourd'hui par leurs
confrères qui se réfèrent à d'autres découvertes.
Les quelques exemples qui suivent en sont l'illustration:
- L'hypothèse de l'arrivée des premiers locuteurs malgaches dans
l'île, seulement au début du XVIè siècle, est battue
en brèche :
De récentes études réfutent la migration mythique à
Mayotte, vers 1505, à partir du Boëny malgache, du prince sakalava
Diva Mame accompagné de ses troupes. Selon la tradition, les nouveaux
arrivants auraient débarqué dans une baie au sud-ouest de Mayotte,
à laquelle ils donnèrent le nom de Bouéni,
en souvenir de leur patrie. Ensuite, ils auraient fondé un village, qu'ils
appelèrent Koilé.
Ce récit, rapporté par le procureur impérial Gevrey - premier
Européen a avoir écrit un ouvrage sur l'archipel des Comores -
dans Essai sur les Comores (1870), repose sur une tradition orale recueillie
par le Cadi Omar Ben Aboubacar dans un
manuscrit rédigé en swahili. L'historien Jean-Claude Hébert
le qualifie d'éminemment suspect (4) . Il y relève un certain
nombre d'incohérences énumérées ci-dessous, propres,
selon son analyse, à semer le doute sur la véracité des
faits :
. La dénomination des migrants est un anachronisme car le terme ethnique
« sakalava» n'apparaît que vers 1700.
. En outre il n'est pas certain que le mot diva soit d'origine malgache.
Diva est le nom générique donné par les Indiens
aux îles de l'océan Indien (Maldives, Laquedives), du mot sanscrit
diva, « l'île ».
. L'historien s'étonne aussi du nom de Koilé, donné
au village nouvellement fondé - dont il ne reste d'ailleurs aucune trace-
le toponyme n'étant pas malgache mais africain. Il aurait été
plus simple pour les immigrés, observe-t-il àjuste titre, de donner
au village le même nom qu'à la baie. Si migration, il y a eu, les
nouveaux arrivants n'étaient pas des Malgaches.
J.C. Hébert en déduit qu'il y aurait ici, semble-t-il, confusion
dans la tradition et interférence entre la princesse Main Kwalé,
soeur de Main Tsingo, à qui l'on attribue la fondation du village
de Kwalé, près de la rivière du même nom
(Nord-Est de l'île), et Diva Mamé, héros de l'épopée
contestée.
Mais l'argument massue est que l'épopée de ce prince est ignorée
des traditions sakalava.
Il semblerait donc que la tradition orale ait pris naissance de l'homophonie
des deux baies, l'une à la côte malgache, l'autre sur le littoral
sudouest de -Mayotte. Bwé étant un mot swahili signifiant «
pierre » et ni étant la particule indiquant le locatif, Bwéni
a le sens de « là où il y a des pierres » (ou des
rochers).
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