Vendredi 9 Mai 2008 - 10:25:55| Modifié le Samedi 26 Septembre 2009
En arrivant à Mayotte, oubliez tout de vos habitudes de travail et de navigation sur Internet. Mayotte en est encore au moyen-âge de ce qu'on appelle pompeusement NTCI (Nouvelles Technologies de la Communication et de l'Information) qu'on traduit à Mayotte par "Nombreux Tracas pour se Connecter à Internet").
La fibre optique à Mayotte, encore une utopie alors que toute la zone est en passe d'être câblée...
Internet à Mayotte : le moyen âge
Il y a quelques années, entre 17h00 et 21h00, chaque soir, vous deviez probablement patienter une bonne demi-heure avant de voir apparaitre votre bulle favorite "Connexion établie". Aujourd'hui, en 2008, cette plage horaire s'est considérablement agrandie. Dès 8h00 du matin et jusqu'à une heure avancée de la nuit, cette bulle n'apparaîtra qu'après de multiples tentatives. A moins d'être noctambule, la connexion à internet est une véritable galère.
Le chiffre indiquant la vitesse de connexion vous tirera très probablement quelques larmes de désespoir : "34,4 Kbps", "44 Kbps", rarement au-delà de "50 Kbps" alors que les installations sont sensées vous connecter à 56 Kbps. Si vous avez eu la mauvaise idée de vous installer un peu à l'écart des plus gros villages, ce chiffre descendra très rapidement en-dessous de la barre des 20 kbps, voire des 10 Kbps. Cette situation dure depuis la dernière mise à jour des installations en 2000 mais ne semble émouvoir personne, à part les utilisateurs.
Orange n'est plus le seul opérateur à proposer la connexion Internet. ONLY, par exemple vous propose un forfait illimité à 15 € par mois. Si le temps de connexion est considérablement plus court que la connexion Orange, le débit aux heures de pointes est tellement minable qu'on préfèrera le plus souvent attendre une demi-heure de plus avec Orange.
Comme on peut le voir à Mayotte, c'est la règle du pire qui prévaut en matière d'Internet.
Certes, si vous avez la chance d'habiter Mamoudzou ou ses environs immédiats, vous aurez la possibilité d'installer Numéris à grands frais. Il s'agit d'une version "allégée" de Numéris car on est loin des performances qu'on pouvait observer sur ce réseau en métropole avant l'arrivée de l'ADSL.
Dans certains endroits, on nous propose un pseudo "haut-débit", le wi-fi.... On n'en parlera même pas : inutile de tirer sur une ambulance.
Il existe un autre problème : l'état de certaines lignes téléphoniques qui, dès qu'il pleut par exemple, font passer l'appareil utilisé par M. Bell pour ses premières expériences comme le dernier cri de la technologie. Quand vous prenez votre combiné, vous n'entendez qu'un crachouillis persistant au travers duquel, vous percevez vaguement et au choix :
un signal d'occupation de ligne,
ou un grand vide
ou un autre crachouillis...
parfois le signal normal, mais tellement couvert par les borborygmes francetélécomesques qu'il est illusoire de penser que votre modem puisse arriver à traverser cette jungle sonore.
Autant dire qu'il est impossible de se connecter à internet et que cela dure des heures, jusqu'à ce que la ligne sèche.
Un service déplorable
Évidemment, lorsque vous avez autant de problèmes de connexion, vous tentez de joindre le service concerné... Débute votre parcours du combattant du jour. Qui contacter? En toute logique vous vous tournez vers Orange, opérateur local historique de l'internet. Vous reprenez donc votre contrat d'abonnement. Vous finissez par trouver, en bas de page, ce que vous croyez être une information précieuse : Assistance technique : 0 892 699 119. Vous composez le numéro après avoir lu en tout petits caractères "0,34 € TTC/min". Rassurez-vous, vous n'aurez rien à débourser : le numéro ne répond pas, ou, plus exactement, une voie monocorde vous informe que "le numéro n'est pas attribué actuellement".
Vous vous orientez donc vers France Télécom Mayotte, puisque c'est votre seul contact. Première tentative, deux minutes d'attente. Plus que raisonnable. Une charmante dame vous donne un numéro : 39 00. Etrange numéro. Vous tentez. "Le numéro que vous avez demandé n'est pas attribué actuellement"... Nouvelle tentative vers France Télécom. "Votre collègue m'a donné ce numéro, mais il ne fonctionne pas". "Qu'est-ce que c'est que ce numéro. Ça n'existe pas. Non, il faut faire le 08 25 01 81 66."
On tient le bon bout!
Vous composez. Pour taratata.... tapez UN. UN. Pour taratata... tapez UN. UN. Pour taratata... tapez UN. UN.
"Votre durée d'attente est estimée à 6 à 8 minutes". "Ce service vous sera facturé 0,35 € la minute. Le temps d'attente ne vous sera pas facturé si vous appelez d'un poste fixe France Telecom". Il ne manquerait plus que ça!
Au bout de quelques minutes, vous finissez par raccrocher, lassé d'attendre. Et si on tentait de se reconnecter? Et le miracle a lieu! Au bout de quatre tentatives, ça finit par passer.
Résumé de la demi-journée : 2h00 d'attente et une bonne cinquantaine de tentatives de connexion. Plus trois coups de téléphone qui n'ont pas vraiment été fructueux.
Outremer Telecom, par sa filiale Only propose une alternative à France Télécom : si la connexion à l'internet est un peu moins laborieuse que par Orange, le débit aux heures de pointe est tel que la navigation devient un véritable calvaire et que la relève des courriels un tant soit peu volumineux est carrément impossible et bloque le logiciel de courrier.
Le Haut-débit? illusions et désillusions
Chaque année, un opérateur arrive avec un produit miracle qui va enfin révolutionner l'internet à Mayotte. On vous demandera pour cela de débourser au moins cent cinquante euros chaque mois, plus un modem d'un type tellement spécial qu'il vous coûtera dans les mille cinq cent euros pour vous apercevoir au bout du compte que vous n'avez guère mieux que Numéris.
Ces espoirs récurents ne sont pas sans rappeler les nombreuses compagnies aériennes qui ont tenté de s'installer à Mayotte (une chaque année) sur l'air de "vous allez voir ce que vous allez voir!". Effectivement, on a vu et on n'en est pas revenus! en continuant à payer une fortune pour rallier la mère patrie malgré tous les beaux discours à propos de la "continuité territoriale" qui reste une vaste blague, que ce soit au plan des transpors aériens que sur le plan des communications.
ADSL ?
L'ADSL fait encore partie des rêves fous... Alors que Numéris n'a fait qu'une timide entrée, on peut se demander s'il n'aurait pas été plus judicieux de travailler à l'installation de l'ADSL directement. Si les NTIC sont un progrès certain pour les zones industrialisées, pour les DOM-TOM, ils pourraient devenir une condition de survie! Peut-on raisonnablement imaginer beaucoup d'autres voies de développement (en dehors du tourisme) pour ces régions que l'on qualifie du doux euphémisme "d'ultra-périphériques". 10000 km c'est vraiment de l'ultra-périphérique !
EASSY : l'espoir, enfin?
Seul espoir pour le désenclavement numérique de Mayotte, le câble sous-marin EASSY dont la construction devrait démarrer sous peu. Ce câble fera le tour de l'Afrique de l'Est en desservant tous les pays en communication haut-débit. Une bretelle reliera EASSY à Madagascar et à Maurice qui en a adopté le principe début 2006. Concernant Mayotte, aucune information n'a été confirmée quant à son raccordement à ce câble dont l'opérateur principal est malgré tout... Fance Télécom.
Voir à ce propos les nombreux articles publiés par Malango Actualité sur le projet de câble sous-marin EASSY