Dimanche 6 Avril 2008 - 21:01:40| Modifié le Dimanche 6 Avril 2008
Avec plus de la moitié de la population qui n'a jamais ouvert un journal, la presse écrite mahoraise, plus encore qu'ailleurs, évolue dans un petit monde et n'a que peu d'impact dans la vie quotidienne des mahorais. Ce qui ne l'empêche pas d'être régulièr
Presse écrite à Mayotte : état des lieux
La presse écrite à Mayotte :
Histoire contemporaine et état des lieux
Quel vent de folie
souffle sur le petit (si petit!) monde des médias à Mayotte en
cet automne 2004? Les titres naissent, disparaissent, renaissent... Au printemps,
un nouveau journal gratuit de petites annonces tente de se faire une place sur
un marché bien étroit et déjà tenu par deux supports
: le "Gratuit" édité par l'imprimerie Imprimah et le
"97-6", le vétéran qui accuse ses dix ans d'âge,
édité par l'imprimerie "NIM" qui fait preuve d'une bienveillance
troublante vis-à-vis de son coucurrent historique, Imprimah.... Le nouveau
support ne vit que quelques semaines...
En plein, été,
une petite bombe secoue tout ce petit monde : le Kwézi disparaît
des kiosques, terrassé par un passif estimé à 300.000 €.
Avec une réactivité déconcertante, le place est occupée
par un nouveau support, "le Mahorais", fondé par des transfuges
du "Kwézi".
Dans le même
temps, un "Titi Kwézi", arborant le logo de feu Kwézi (?!?!) fait son apparition dans un format plus petit et dans une formule hebdomadaire.
Quand on
a une idée des moyens nécessaires au lancement d'un nouveau titre,
on se penche nécessairement sur les actionnaires prêts à
se risquer dans une telle aventure. Deux noms sautent aux yeux : Mansour Kamardine,
député UMP de Mayotte et Michel Taillefer, chef d'entreprise et
vice-président du MEDEF Mayotte qui participe déjà au capital
de "Mayotte Hebdo"... Si aucune loi n'interdit à un homme politique
d'avoir des intérêts dans un média d'information, on imagine
aisément les motivations et l'impact que peut avoir une telle présence
au sein d'une rédaction. D'ordinaire, les présences politiques
dans les médias sont plus discrètes...
.:|
La presse mahoraise en danger?
Dans un
numéro de rentrée en 2004, Mayotte Hebdo publiait les résultats
d'une enquête Ipsos qui ne peut qu'inquiéter : 54% des Mahorais
n'ont jamais ouvert un journal! C'est dire si le marché est étroit.
Si la chute du Kwézi peut s'expliquer par des erreurs de gestion, elle
met également en lumière la fragilité de ce marché.
Nul n'ignore que la presse écrite repose en grande partie sur les revenus
de la publicité. A Mayotte, les supports gratuits se multiplient (le
Gratuit, le 97-6, le Guide de Mayotte, le Noctambule,...) sans que le marché
publicitaire s'étoffe pour autant. Devant un tel constat, on ne peut
que s'inquiéter pour l'avenir de la presse "indépendante"
à Mayotte surtout si l'on ajoute à cet état des lieux qu'une
seule imprimerie sur l'île est en mesure d'imprimer un journal : Imprimah,
pour qui la tentation de faire la pluie et le beau temps sur ce petit monde
ne peut qu'être irrésistible... On murmure d'ailleurs qu'elle serait
partie prenante dans "le Mahorais"... Ce qui n'aurait rien de surréaliste,
même si cela ne peut que renforcer les craintes sur les autres titres.
.:| KASHKAZI : Un nouveau souffle ?
Et puis, en 2005, un nouveau titre vient secouer le cocotier et la torpeur bienveillante de la presse locale. Une bande d'urluberlus a l'idée saugrenue de fonder un journal destiné aux QUATRE îles de l'archipel. Crime de lèse-majesté! S'abat alors sur ce jeune confrère, à l'encontre de toutes les pratiques liées à ce métier particulier, un cyclone médiatique. Tout le monde se jette sur lui à bras raccourcis. A croire que ce nouvel espace d'expression met en péril à lui tout seul le sacro-saint statut de Mayotte. Comment! on ose laisser entendre que la départementalisation n'est pas forcément le statut idéal pour Mayotte? Comment, on laisse entendre que la présence française à Mayotte a des relents de colonialisme? Mais c'est "remettre en cause la volonté et le choix des mahorais". Car c'est bien là qu'est le problème de Mayotte (un des problèmes) : si l'on est pas AVEC, on est CONTRE. Et le débat dans tout ça? Non, non, pas de débat! Les choses sont comme ça et doivent le rester. Emettre des réserves, c'est "ne pas aimer les mahorais" !
Pour une fois, le journal ne sera pas imprimé à Mayotte, mais aux Comores. Autre crime. Il faut savoir qu'à Mayotte, tout ce qui vient des Comores Indépendantes, tout ce qui touche aux Comores Indépendantes est tabou. Alors, un journal! Le vecteur de la pensée et de la réflexion ne peut, ne doit pas venir de l'ennemi, devenu héréditaire depuis quelques années, les Comores.
Contre vents et marées, malgré l'hostilité des politiques, des institutions, du monde économique, Kashkazi et sa maxime, ô combien évocatrice ("les vents n'ont pas de frontières, l'information non plus") suit son chemin et est devenu depuis la référence en matière de presse dans la région.
ndlr : Ce n'est pas parce que Malango travaille en collaboration avec Kashkazi que nous en disons le plus grand bien. C'est parce que Kashkazi est ce qu'il est que nous travaillons avec lui.