Repères
:
La loi d'orientation pour l'Outremer n°2003-660 du 21 juillet 2003
met fin à la polygamie en déclarant : 'Nul ne peut contracter
un nouveau mariage avant la dissolution du ou des précédents.
Le présent article n'est applicable qu’aux personnes accédant
à l'âge requis pour se marier au 1er janvier 2003".
"Avant, on ne
se mariait que chez le cadi", explique Souflane. "Puis on est
allés à la mairie pour enregistrer le mariage. On pouvait
être polygame en droit local." Avec la mise en place du droit
commun, les mariages multiples ne sont plus possibles devant la loi. Cela
n'empêche pas ceux qui le veulent d’être polygames dans
les faits et de s'unir à plusieurs femmes devant le cadi.
"Avant, il y avait des hommes riches et comme ils avaient de l'argent,
ils pouvaient épouser plusieurs femmes, et elles acceptaient."
Himidati, 13 ans
"L'inconvénient, c'est quand le mari se sent plus à
l'aise d'un côté. On ne va pas lui dire : "Va voir l'autre."
Ça ne sortira jamais de la bouche d'une femme. Pourtant, tous les
enfants ont besoin du papa et de la maman."
Sophiata Souffou
Une obligation musulmane?
Que dit le Coran?
Réponse dans le verset 3 de la sourate 4 évoquant le mariage:
"Et si vous craignez de n’être pas justes envers les
orphelins... Il est permis d'épouser deux trois ou quatre, parmi
les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de n'être pas
justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez
Cela afin de ne pas faire d'injustice (ou afin de ne pas aggraver votre
charge de famille)" (1)
Le Coran permet donc aux hommes de prendre plusieurs épouses, mais
n'en fait pas un dogme. Au contraire, la formulation utilisée pose
une série de conditions qui sont autant de facteurs limitant le
recours à cette forme de mariage et qui en font un cas particulier,
Ce n'est pas prendre la défense du Livre que d’affirmer que
l’Islam n’incite pas à la polygamie, mais la tolère
dans le but de protéger les plus faibles, notamment les orphelins.
Evoquant le contexte dans lequel naquit l’Islam les historiens décrivent
en effet une société arabe caractérisée par
des guerres fratricides entre tribus
nomades, qui laissaient derrière elles de nombreuses veuves et
des orphelins que les seigneurs de guerre prenaient en esclavage. Le recours
à la polygamie dans cet environnement permettait un équilibre
social : les veuves pouvaient trouver un nouveau mari et les orphelins,
un père adoptif. Plus de 1400 ans plus tan le contexte historique
et social a été bouleversé, et nul ne peut prétendre
de nos jours respecter scrupuleusement un traitement équitable
de ses nombreux foyers, comme le recommande l'esprit du Coran. L'évocation
de l’Islam pour justifier le maintien de la polygamie sert essentiellement
de prétexte pour couvrir d’autres motivations et dessert
du même coup l’enseignement du Coran.
KES
(1) d’après
la traduction en français du Coran éditée par la
Présidence générale des directions des recherches
scientifiques islamiques, de l'Ifta, de la prédication et de l'orientation
religieuse.
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"Interdire
la polygamie, ça ne change rien !"
De l'histoire ancienne,
la polygamie? A la question "En ce qui concerne la polygamie à
Mayotte, diriez-vous qu'elle doit maintenant continuer d'être
pratiquée et tolérée ? ", 59% des habitants
de l'île interrogés répondent non, 36% disent oui,
et 6% ne se prononcent pas. Légalement, la question ne se pose
plus : depuis le 27 juillet 2003, "nul ne peut contracter un
nouveau mariage avant la dissolution du ou des précédents".
Mais le système permettant à un homme d'avoir plusieurs
épouses est encore la règle dans de nombreux foyers. Et
si la majorité des habitants de l'île es( désormais
défavorable à la polygamie, les points de vue varient
largement, notamment selon le sexe, l’âge et la position
sociale des personnes interrogées.
Ainsi, alors que les femmes se prononcent largement contre la polygamie
- 69 % &entre elles pensent qu'elle ne doit plus être pratiquée
- les hommes sont beaucoup plus partagés : seuls 49 % d'entre
eux pensent qu'elle doit cesser. Cette différence de point de
vue s'explique aisément par le fait que la polygamie privilégie
et valorise les hommes par rapport aux femmes.
Il n'en demeure pas moins qu’une importante minorité de
femmes est encore favorable à la polygamie. Outre le respect
de la tradition et d'une certaine interprétation du Coran - "on
veut aller au Paradis ! " , disent certaines - une partie des femmes
de polygames voient dans leur situation une assurance contre toutes
sortes de malheurs conjugaux. Zena Moussa a ainsi épousé
en 1985 un homme déjà marié et s'accommode très
bien de son statut. "J'aime bien mon mari", dit-elle. "Et
j'aime la polygamie parce que si on reste toujours ensemble, c'est la
guerre. S'il est là tous les jours, on va faire une bagarre à
la maison."

Rivales, la ou
les autres épouses du man sont aussi des égales, qui partagent
les mêmes contraintes et éventuellement les mêmes
souffrances. Elles deviennent mêmes des alliées lorsqu'il
s'agit de dissuader l'époux d'avoir des aventures extra-conjugales.
Contrairement aux maîtresses, illégitimes, mystérieuses
et insaisissables, elles ont forcément un nom, un visage, et
elles ne salissent pis l'honneur de leur co-épouse. Pour des
femmes persuadées que leur mari ne peut leur être fidèle,
ces avantages constituent des arguments de poids en faveur de la polygamie.
Lisa Giachino
17-09-2004
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