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Départementalisation de Mayotte

Mercredi 5 Novembre 2008 - 19:45:49| Modifié le Samedi 26 Septembre 2009
Pour tous les politiques locaux, la résolution de tous les problèmes passe par ce mot magique : départementalisation. Ce changement de statut ferait pleuvoir sur Mayotte une manne venue autant de la métropole que de l'Europe.

La départementalisation

L'unique sujet de préoccupation des élus locaux

Pour tous les politiques locaux, la résolution de tous les problèmes passe par ce mot magique : "départementalisation". Il est même devenu inutile de se lancer dans la carrière politique si le programme proposé ne repose pas sur ce thème.  Ce changement de statut fera pleuvoir sur Mayotte une manne venue autant de la métropole que de l'Europe. C'est probablement la raison pour laquelle la France traîne des pieds. Elle a été échaudée par ses expériences réunionnaise, antillaise et guyanaise aux coûts financiers, politiques et sociaux prohibitifs. Les adaptations prévues pour tenir compte de la situation particulière de Mayotte ne seront pas suffisantes pour gommer tous les effets néfastes.

De plus, la présence française à Mayotte pose un problème diplomatique et de droit internationnal. Elle a créé un contentieux avec les Comores qui comptent bien "récupérer" un jour ou l'autre la quatrième perle de la couronne. L'O.N.U. elle-même a condamné la France en 1975 à la suite du fameux référendum. Depuis 1995, la présence française à Mayotte n'est plus à l'ordre du jour de l'ONU. Toutes ces protestations sont restées sans effets jusqu'à maintenant et la politique de coopération menée par la France aux Comores (et dans toute la région) calme les esprits. Coopération rime avec pognon. Cependant, la situation de Mayotte n'est pas sans effet sur la stabilité de la région. La sécession de l'Ile d'Anjouan, la plus proche île de l'Archipel, en est une conséquence directe. De nombreux  Anjouanais rêvent de leur rattachement à la France, et ce rêve chatouille également de nombreux Comoriens, lassés d'un système perverti qui tourne en rond depuis plus de vingt-cinq ans. Si Mayotte faisait partie de la République Islamique des Comores, Anjouan ne se serait sans doute jamais senti pousser des ailes...

Serait-ce un bienfait pour les Mahorais?

C'est malgré tout la question la plus importante. A court terme, cela paraît évident :

  • introduction du SMIC qui, même avec des aménagements, ne pourrait qu'être supérieur au SMIG mahorais actuel (772 € en 2008)
  • arrivée du R.M.I.
  • la Sécurité Sociale et une réelle couverture santé qui se met en place depuis 2005
  • application du système de retraite de la métropole.

Posons une question brutale : les mahorais sont-ils en mesure de gérer ces avantages sans en abuser, au risque de détruire un tissu économique embryonnaire déjà ébranlé par l'occidentalisation?

A voir le fonctionnement de la société mahoraise actuelle on peut en douter. L'attitude paternaliste de la France qui se résume à "surtout pas de vagues ! " n'est pas faite pour arranger les choses.

Une autre voie est-elle envisageable?

Pour que Mayotte soit à l'aise au sein de la République, il faudrait qu'elle en partage les valeurs fondamentales. Au quotidien, on en est loin. La justice cadiale a encore cours... La polygamie liée à l'Islam a encore des adeptes. L'école coranique a poussé à aménager les horaires des établissements scolaires! L'Islam règle le rythme de l'Ile : horaires aménagés dans les écoles et les entreprises pendant le Ramadan par exemple. On est loin de l'école laïque de Jules Ferry! (Paradoxalement, le fameux débat de 2004 sur le port du voile à l'école n'a fait d'autres vagues que celles suscitées par les médias locaux). On peut essayer de trouver une culture commune : un siècle et demi de présence française à Mayotte ont forcément laissé des traces! Assurément, mais ces traces ne vont certainement pas dans le sens que l'on souhaiterait. Les français à Mayotte se sont comportés en colons et jusque dans les années 50 (en étant gentil!) où le gouverneur de l'île se faisait encore transporter en chaise à porteurs! (cf : archives Orales de Mayotte)

On a vraiment commencé à mettre en place un système scolaire digne de ce nom dans les années 1990. Or, qui d'autre que l'école pouvait créer une culture "commune", ce qui en l'occurrence, aurait voulu dire franciser Mayotte. La France a toujours procédé par assimilation. Consolons-nous en nous disant qu'au moins les enfants mahorais des années 60 n'auront pas eu à apprendre "mes ancêtres les gaulois"!

Comme on le voit, gommer ou même estomper les différences culturelles entre Mayotte et la France relève de l'utopie. Et comment faire un ensemble homogène avec de telles différences? Tôt ou tard, le problème du rattachement de Mayotte aux Comores ressurgira, créant des situations comme on en voit aux Antilles, en Guyane, en Nouvelle-Calédonie. Et ce avec d'autant plus d'acuité que l'identité est beaucoup plus forte à Mayotte où l'influence française a été beaucoup moins pressante que dans les autres Dom-Tom : Mayotte n'a jamais représenté un véritable atout commercial, ni même un atout stratégique vital. Les liens avec les Comores, même s'ils paraissent parfois plus qu'houleux, n'en demeurent pas moins très profonds : il n'est pas un mahorais qui n'ait un membre de sa famille sur une des autres iles. Le scénario le plus probable (raisonnable?) consisterait à faire en sorte que les Comores sortent du marasme politique et économique et que Mayotte rejoigne l'archipel constitué en République Fédérale, chaque île gardant une forme d'indépendance. Il n'est pas non plus impossible de penser que Mayotte pourrait restersous administration Française (sécurité et bien-être obligent), sous un statut moins contraignant que celui de département (Wallis et Futuna ne semblent pas souffir du leur, qui leur permet de préserver leur système social, leurs traditions, leur roi, même, tout en bénéficiant des avantages liés à la nationalité française).

La marche vers la départementalisation se heurte immanquablement à "l'adaptation à Mayotte" des mesures envisagées. Soyons clairs : ces "adaptations" consistent le plus souvent pour une grosse partie de mahorais à refuser ce qui les dérange. Difficile de concilier une telle attitude avec le principe d'égalité auquel ils se réfèrent si souvent quand il s'agit de l'application des lois sociales ! Si l'on examine le raisonnement local à fond, les Mahorais veulent être départementalisés, mais avec une législation sur mesures qui se pencherait davantage sur les droits que sur les devoirs !

Eric Trannois

 

 Voir également : politique | Immigration clandestine |

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